La malediction des frontieres | No Mad's Land
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La malediction des frontieres

Frontiere Portugaise

J’ai découvert le Portugal il y a quelques années. On m’a aussi souvent dit que Porto est aussi , voire plus, jolie que Lisbonne. Il y a 3 ans, béquilles dans le sac à dos, ma tentative d’y retourner en auto-stop avait échoué. Je me fais une hâte d’y être et de retrouver ce peuple Portugais qui m’avait paru si chaleureux et accueillant. Je cherche aussi à me rapprocher de la côte et à quitter le centre de l’Espagne anormalement chaud pour un mois de mai. J’avance rapidement, mais comme souvent en voyage, rien ne se passe comme prévu.

J’ai souvent mal vécu le passage des frontières, si intéressant soit-il, grâce au mélange des cultures. Les limites sont aujourd’hui fictives en Europe, et ont y trouve souvent des postes douaniers à l’abandon dont les murs sont pleins de graffitis. Parfois, les bâtiments sont habités par des sans-abris …

Je me remémore quelques passages de frontières:

J’avais promis à ma soeur d’entrer au Danemark le jour de son anniversaire. A l’époque, j’avais un vélo de mauvaise qualité. Mes pneus étaient pratiquement lisses. J’ai crevé trois fois ce jour-là avant d’entrer au Danemark par un petit bois.
Le lendemain, sous la pluie, dans la forêt, une branche s’est coincée dans ma roue. Elle brisa mon dérailleur, tordant ma chaîne et quelques rayons au passage. Un fermier avec son tracteur m’aida en me ramenant au magasin de vélo le plus proche … en Allemagne !!! Heureusement, comme toujours, tout est bien qui finit bien. L’employé du petit atelier de réparation m’invita à dîner et me ramena avec sa voiture au Danemark le soir-même …

Un matin je fus pris de vertige à quelques kilomètres de la Pologne. En y entrant, je rencontrai Piotr. Il m’invita chez lui à la lisière d’une petite forêt. La soirée fut chaleureuse et la nourriture abondante. Le lendemain, décidé à reprendre la Route, impossible de bouger pris de vertiges plus forts que la veille. Sans expérience, j’avais roulé sous de trop fortes chaleurs pendant plusieurs jours consécutifs et perdu tous mes sels minéraux par une sudation intense. Je fus obligé de faire un bref passage à l’hôpital local puis me reposer 10 jours au sein de cette famille pour leur plus grand plaisir. Ils ne voulaient plus que je m’en aille …

En arrivant en Espagne cette année, une tempête de montagne m’a obligé à rester illégalement pendant deux jours dans un camping fermé l’hiver. Ma tente aurait pu s’envoler cent fois si je ne m’étais pas intelligemment abrité.

J’arrive au Portugal et la frontière n’est plus qu’à 50 kilomètres. Tout se passe bien jusqu’au moment où une mouche entre sans permission dans mon oreille pendant la nuit sans retrouver la sortie.
Je fais beaucoup de kilomètres en ce moment pour arriver au plus vite sur la côte, Je suis fatigué et il fait encore chaud. Je cherche un coin tranquille. Soudain, un lac se présente devant moi sans qu’il apparaisse sur ma carte. Génial. C’est l’endoit idéal pour une journée de repos. J’entre dans un petit chemin très cabossé pour me rapprocher de l’eau et trouver de l’ombre sous un arbre quand soudain … je sens une vibration anormale au niveau de ma roue avant. Je découvre rapidement qu’une pièce de métal de mon porte-bagage fait maison (et pourtant très solide) vient de se rompre. Nous sommes samedi, difficile de trouver une solution ce week-end. J’ai suffisamment d’eau et de nourriture dans les sacoches alors je décide de passer deux jours près du lac à pêcher, manger de la carpe et me détendre.

Dès le lundi matin, je pars au village le plus proche et discute avec le garagiste local. Il n’a pas beaucoup de temps à me consacrer. Je cherche à renforcer la partie fragile avec une pièce de métal plus solide. Il ne peut pas m’aider autant que cela et la seule chose qu’il puisse me proposer est une rapide soudure. Ce qu’il fit. Au moins, le porte-bagage tiendra jusqu’à ce que je trouve une meilleure solution. Je reprends la route rassuré en quête d’un bon bricoleur ayant plus de temps à m’offrir. De village en village, j’arpente tous les garages sur ma route sans rencontrer LA bonne personne. Business is business. Trouver de l’aide mécanique n’est pas toujours si facile. Le Portugal se rapproche. La frontière n’est plus qu’à 17 kilomètres quand j’entre dans Alvarado, le dernier village espagnol. J’y passe la nuit et y travaille à la bibliothèque le lendemain. Je me renseigne sur qui pourrait m’aider ici. Je parle désormais bien espagnol et j’ai tout intêret à trouver une solution avant le Portugal où me faire comprendre sera sans doute plus difficile. C’est ma dernière chance.

Je rencontre deux cousins qui s’appellent tous deux Manuel(s). Ils possèdent un petit atelier de réparation de voitures dans la cour de leurs maisons qu’ils n’ouvrent que le soir. Quelques minutes après leur avoir exposé mon problème, je décharge le vélo et démonte le porte-bagage en question. Ni une ni deux, Manuel (lequel ?) se met au travail. Il découpe, polit, perce, …, il a l’air de bien mener cette affaire et je le laisse travailler en toute confiance, sans oublier de jeter un oeil de temps en temps. Pendant ce temps, son cousin lui fournit les outils, ramène le poste à souder et l’on discute tranquillement. Moins d’une heure plus tard, l’affaire est entendue, et nous nous installons dans la cour en buvant une bière pour continuer à échanger.
Je reste dans le village deux jours de plus pour travailler à la bibliothèque.

Un matin, je me lève bien décidé à rejoindre le Portugal. Il ne me reste plus que 17 kilomètres à parcourir.
La malchance en a encore décidé autrement. En sortant du bois où je m’étais installé pour dormir, je découvre que ma roue avant est légèrement crevée (2ème crevaison en 6000 kilomètres). Je regonfle mon pneu afin de voir si je peux réparer plus tard. Je repars. En 15 kilomètres, je dois ressortir trois fois la pompe avant d’entrer à Badajoz, la dernière ville frontalière. Je répare à l’ombre dans un parc.
Cette fois c’est bon, je suis prêt pour les 5 derniers kilomètres, mais un autre voyageur à vélo m’offre quelques bières toute l’après-midi. Le Portugal ne semble pas vouloir de moi.
On se quitte tard et je passe ENFIN la frontière portugaise. C’est bon, j’y suis, oublié les ennuis !!!

Je découvre instantanément une terre d’élevage. Beaucoup de taureaux. Heureusement, tous les espaces sont clotûrés. Mais pour moi cela signifie surtout de grandes difficultés pour trouver un endroit où camper. Les champs d’oliviers eux aussi sont entourés de barbelés, c’est étrange. Pourquoi autant de sécurité ? Dans mes souvenirs, le Portugal paraissait un pays plutôt paisible.
Le coucher du soleil me presse, et les locaux me repoussent. Mon Portugais n’est pas encore très au point. Ce soir, un couple d’espagnols m’invite à manger et à dormir dans un bon lit. Il aura fallu que j’arrive au Portugal pour enfin me faire héberger par des Espagnols …
On discute très tard et la nuit est courte.

Le lendemain, je roule fatigué sous une forte chaleur. Difficile d’avancer convenablement dans ces conditions et j’y laisse beaucoup d’énergie. De nouveau, le soir, impossible de trouver où dormir. Quelqu’un m’indique le seul endroit où il est possible de camper tranquillement à sa connaissance dans les environs. Il s’agit d’une église isolée au milieu des oliviers, avec une fontaine, des tables, et des barbecues où familles et amis se retrouvent le week-end. Le peuple Portugais a toujours une forte pratique religieuse. Malheureusement, ce site se trouve 10 kilomètres en arrière. Je suis déjà bien fatigué. Dans l’urgence de la situation, je déroge à la règle pas vraiment établie qui dit: « Toujours aller de l’avant ». Le site est en effet très calme et je m’écroule de sommeil, sans manger, cinq minutes après mon arrivée sur les lieux.

Le lendemain, je tombe un peu malade et reste sur place en dormant toute la journée. Après un bon repas et une ultime sieste en milieu d’après-midi, je retrouve l’énergie suffisante pour repartir. Je roule une vingtaine de kilomètres jusqu’à une forêt très calme en bordure de la route. L’élevage a maintenant disparu, remplacé par des forêts de pins et d’un arbre dont je n’ai toujours pas déterminé le nom et l’espèce. Peu importe, cela me procure facilement l’ombre et l’espace dont j’ai besoin pour passer mes soirées. Manque de chance, ce soir, un nuage de moustiques m’attaque alors que je suis en train de préparer le dîner. Ils me dévorent les jambes en moins de 10 minutes, m’obligeant à me réfugier sous la tente que je n’avais pas installée depuis plus de 3 mois (je redécouvre à quel point elle est minuscule, moi qui dors au grand air depuis tout ce temps). Je reprends la préparation du repas et mon réchaud à essence a du mal à fonctionner. J’ai pourtant effectué l’entretien et le nettoyage hier. Je découvre soudain une légère fuite au niveau de la pompe qui met le carburant sous pression. Je sors les micro-outils pour réparer et une pièce de plastique me tombe dans les mains …

C’est la catastrophe: mon réchaud est désormais cassé, et je n’ai plus de quoi cuisiner. Il fait très chaud depuis quelques temps et c’est donc maintenant très dangereux de faire du feu. Au vu des évènements des jours précédents, je suis fatigué et je dois absolument bien m’alimenter. Heureusement, ce soir, le site me permet de faire un feu d’urgence en toute sécurité. Quel plaisir de retrouver la cuisine au feu de bois, mais je suis dans une situation périlleuse. Trouver un lieu de bivouac est déjà difficile. Il faut que je trouve de l’ombre tous les soirs, et désormais, un lieu où pouvoir faire un feu pour cuisiner. Les jours à venir vont être bien compliqués …

Il faut que je me procure un petit réchaud à gaz d’urgence et que je me débrouille en attendant. Quelques centaines de kilomètres plus tard, en ville, je trouve la solution. Mais pendant tout ce temps, les Portugais me démontrent la raison pour laquelle je suis venu à leur rencontre. Leur hospitalité me sauve de la famine ou des grandes surfaces avec leur alimentation toute prête que je déteste tant …

Le premier soir, en entrant dans un village, je rencontre deux jeunes qui parlent un bon anglais. Je leur explique pourquoi je cherche un endroit où faire un feu, et ils m’invitent directement à manger et à boire un verre au bar local, siège de leur équipe de football. Nous partons nous promener près du fleuve sur une jolie plage en attendant un coup de téléphone.
Le président du club de football nous invite à le rejoindre au stade. Il ouvre un vestiaire qu’il m’offre pour y passer la nuit et me doucher. Il me laisse aussi utiliser le barbecue pour préparer mon repas du lendemain … Je me couche très tard.

Le lendemain, je suis toujours fatigué par tous ces petits ennuis mis bout à bout. Je ne roule que quelques dizaines de kilomètres avant de plonger à l’ombre d’un arbre face à la mairie d’un petit village. J’y capte involontairement la Wifi et cela me permet de travailler un peu.
Une dame sort du bâtiment avec ses deux filles, me parle quelques secondes au passage puis monte dans sa voiture. Elle démarre, s’arrête, m’appelle et me tend un bout de papier. Sur celui-ci y sont notées toutes ses coordonnées. Si j’ai le moindre besoin, me dit-elle, je peux la contacter. Quelques secondes plus tard, elle m’invite à manger et à dormir chez elle … je n’ai même plus besoin de demander pour me faire héberger. Quelle merveille !!!

Je me procure finalement un réchaud, et comme toujours, tout est bien qui finit bien.
Merci à ce merveilleux peuple Portugais si souriant, qui, régulièrement, sur le bord de la route, m’offre spontanément un petit quelque chose à grignoter …

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