Voyager sans ordinateur | No Mad's Land
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Voyager sans ordinateur

Mon ordinateur

Lorsque j’ai décidé de démarrer ce site internet, je n’avais aucune connaissance technique particulière. Il m’a fallu apprendre beaucoup de choses, et je continue de jour en jour. Cela m’a pris plus de temps que je le pensais pour tout mettre en place. Je ne savais pas non plus combien de temps j’allais devoir y consacrer pour écrire mes articles, les mettre en page et y ajouter de belles photos que j’allais devoir traiter spécialement pour les diffuser sur internet, allais-je apprendre plus tard … J’en sais un peu plus maintenant et cela représente un travail assez considérable. Voici donc un petit article plutôt “ennuyeux” sur les ordinateurs et internet en voyage …

Près de trois mois se sont maintenant écoulés depuis mon arrivée en Espagne, et même si j’ai fait des progrès considérables, je ne peux pas encore dire que je suis totalement à l’aise dans les discussions. Je continue donc de chercher à travers le réseau HelpX à vivre dans une famille espagnole.
Quand il est possible de trouver un ordinateur et de se connecter sur internet, les conditions d’utilisation sont souvent très restrictives. Malgré tout, pendant mon séjour au Cabo de Gata, continuant mes recherches à la bibliothèque du village, j’ai reçu une réponse positive pour intégrer une maison en tant qu’helper. Pour moi, cela relève du parcours du combattant, mais enfin mon apprentissage intensif de la langue devrait bientôt s’accélerer. Sans ordinateur personnel, tout est réellement compliqué.
J’ai rendez-vous dans un petit village près de la mythique petite ville d’Orgivá réputée pour être un des lieux emblématiques autour de laquelle cohabitent de nombreux hippies, dont la fameuse communauté de Beneficio, soit disant les ultimes hippies espagnols qui vivent dans une vallée sans organisation apparente plutôt que dans un village proprement dit comme je le pensais.

Afin de rejoindre ce village, je me lance, en quittant Alméria, dans une belle chevauchée de l’Alpajurra qui s’étend sur les provinces d’Almeria et de Granada. L’Alpajurra fait partie du Parc Naturel de la Sierra Nevada. Cette chaîne de montagnes est la plus haute d’Espagne. Les montagnes que j’avais alors rencontrées jusqu’ici n’étaient qu’un avant-goût. Depuis le niveau de la mer sur 20 kilomètres, je dois désormais grimper à une altitude de 1000 mètres. La montée s’annonce difficile.
Il fait chaud, et à mi-parcours j’ai déjà sérieusement entamé ma réserve d’eau. Sans nécessité de me presser, tôt dans l’après-midi, je décide de m’installer dans le premier et seul endroit que j’aperçois où il me semble possible de camper tranquillement. Je réaliserai donc l’ascension en deux fois, m’arrêtant à mi-parcours pour profiter d’une soirée à la belle étoile avec vue sur la mer depuis les hauteurs des premières pentes.
Comme toujours, une fois passée, la difficulté paraît moins difficile qu’imaginée. Le lendemain, je me trouve donc au coeur de l’Alpajurra, cette jeune montagne aux pics acérés, et j’aperçois un peu partout les nombreux petits villages blancs perchés à flanc de montagne, dont certains ont plus de deux cents ans. Je continue ainsi sur près de 200 kilomètres, distance sur laquelle s’étend la montagne. La chevauchée est magnifique, parfois difficile mais sereine passant tantôt d’un versant à un autre par des viaducs jusqu’à me retrouver près d’Orgiva. Je vais bientôt pouvoir travailler un peu et vous écrire pensais-je …

L’Alpujarra, dont certaines villes sont très touristiques, abrite des Espagnols amoureux de leur région, des étrangers venus des quatres coins de l’Europe, de nombreux hippies mais aussi des junkies rebelles qui ont trouvé là une solution provisoire qui en devient permanente à leurs maux de la société, ou encore ceux qui, frappés par la crise, n’ont eu d’autres choix que de se fabriquer des maisons de fortune plus ou moins tolérées …
Il n’y a pas beaucoup d’argent dans cette région, les gens en parlent beaucoup …
L’isolement, le calme, la beauté grandiose de la Nature, et toutes les personnalités que l’on peut y rencontrer font de l’Alpajurra une région toute particulière. Il est possible de s’y sentir comme chez soi ou de détester l’endroit. C’est dans cette atmosphère un peu hors du temps, où la Marijuana pousse aussi facilement que les tulipes en Hollande ou les roses au Kenya que je rejoins une famille qui s’est installée dans la vallée à la recherche d’un bout de terrain où faire pousser quelques légumes. Je découvre à mon grand désarroi que cette famille est anglaise et je suis déçu. De plus, le village ne possède pas de bibliothèque et je vais alors dépendre de la bonne volonté de cette famille pour pouvoir travailler sur leur ordinateur.

Emma, la mère de famille, a construit sa maison à l’aide de pierres récupérées pendant plusieurs années dans la rivière qui borde le village. Afin d’étendre quelques projets sur sa propriété, elle accueille toute personne souhaitant offrir son aide en échange du gîte et du couvert, et loge aussi sur son terrain quelques Anglais qui vivent pour une somme abordable dans des camions aménagés ou dans des petits chalets en bois. Des enfants de tous les environs courent dans le jardin. L’ensemble donne une atmosphère à la fois énergique et reposante. En deux jours, j’y apprendrai à fabriquer un toit typique andaloux construit de manière inconcevable s’il se trouvait dans ma région natale souvent pluvieuse du Nord de la France. Le travail, tout aussi intéressant soit-il, n’est qu’un prétexte pour apprendre l’espagnol. Je n’en ai pas entendu un seul mot depuis mon arrivée, je décide alors rapidement d’écourter mon séjour … Décidément, ce réseau HelpX me déçoit beaucoup pour le moment. Je n’aurai ici trouvé aucune possibilité de travailler sur les articles que je souhaite partager avec vous.

Le plus important de toute cette histoire, et que j’y ferai la rencontre de Rosie, une jeune Irlandaise de 47 ans qui parcourt l’Europe en auto-stop depuis 30 ans. Nous discuterons beaucoup de nos ressentis à travers notre mode de vie nomade. Nous aborderons ensemble un problème auquel nous sommes tous deux confrontés depuis quelques années que nous ne ressentions pas auparavant alors que nous voyagions déjà. Le voici:
Nous voyageons sans ordinateur ni tablette ni téléphone portable moderne, bref sans outil de connexion à internet. Nous nous sentons tous deux exclus. C’est un peu comme si nous étions des êtres étranges, des révolutionnaires réfractaires à l’évolution. Mais là n’est pas la question …
Le sujet est plutôt que de manière générale, nous nous sentons piégés lorsque nous nous trouvons dans un endroit où nous n’avons pas la possibilité de nous connecter au Monde d’internet.
Les réseaux Wifi sont de plus en plus développés, présents et performants en Europe (et ailleurs), le seul souci reste de pouvoir s’y connecter. Sans pouvoir utiliser les équipements informatiques que l’on rencontre ci et là, cela nous est impossible. Souvent, chez les locaux, il reste difficile d’utiliser les ordinateurs ou tablettes (dont je ne sais toujours pas me servir) pour une durée suffisamment longue permettant de gèrer nos affaires ou de trouver grâce à différents réseaux (CouchSurfing, WarmShower, Woofing, HelpX, …) le prochain point de chute nous permettant de prendre la décision de quitter un lieu pour rejoindre le suivant …

Un peu partout en Europe, désormais les bibliothèques mettent à disposition des ordinateurs. Ici en Espagne, c’est le cas également, mais suivant la région, les conditions d’utilisation sont plus ou moins restrictives.
En Andalousie, le réseau Guadalinfo est une merveille et permet de travailler dans tous les petits villages sur des ordinateurs performants pour une durée illimitée …
En Catalogne, grâce à vos papiers d’identité, vous pouvez acquérir un numéro qui vous permet d’utiliser une heure d’internet par jour et par ordinateur … s’il y a beaucoup d’ordinateurs, comme dans les bibliothèques des grandes villes, vous pouvez travailler toute la journée en sautant de poste en poste toutes les heures. J’appelle cela les chaises musicales !!!
C’est en utilisant les bibliothèques que je suis capable de vous écrire.
Dans d’autres régions, c’est un peu plus difficile. Les ordinateurs doivent être partagés, toute somme logique, mais les temps de connexion sont courts, jamais plus d’une heure, voir même une demi-heure. Cela rend très difficile la possibilité d’écrire convenablement, surtout que la plupart du temps je me connecte depuis les petits villages, où il est plus facile de mettre le vélo en sécurité sans me faire voler mes affaires, ce qui m’est déjà arrivé. Dans ces petits villages, les ordinateurs sont parfois très lents et les réseaux internet parfois tout aussi peu performants. Un jour, il m’a fallu 32 minutes pour accéder à mes emails alors que la connexion se limitait à 30 minutes … la Wifi y était, elle, illimitée …
Si on ajoute à tout cela les horaires espagnols compliqués à gérer puisque la majorité des lieux publics sont ouverts le soir à partir de 16 voir 17 heures lorsque je dois me mettre en quête d’un endroit où passer la nuit, cela vous donne une idée du peu de temps dont je dispose pour écrire mes articles …

Il y a bien une autre solution … travailler chez les gens …
Ici en Espagne c’est compliqué puisque les rencontres sont rares. Mais en général, c’est tout aussi difficile, puisque lorsqu’enfin je me trouve dans une maison, le but est de partager et non de travailler. Lorsque malgré tout je me mets en tête d’essayer d’avancer un peu sur mes articles et d’accéder à un ordinateur, ce que j’appelle la “Guerre des écrans” fait rage …
De nos jours, rares sont les maisons en Europe Occidentale où il n’y a pas d’ordinateur ou de tablette. Malheureusement, partout, surtout la jeune génération, les gens sont incapables de se passer de leur écran et de se déconnecter en prêtant leur ordinateur quelques temps …

L’entretien d’un site internet prend beaucoup de temps …

Souvent, le seul ordinateur portable ou tablette qui est présent dans la maison est déjà très disputé par les enfants qui sautent d’un écran à un autre sans n’en avoir plus aucune conscience. C’est le Monde dans lequel ils sont nés. Leur emprunter leur outil ne serait-ce que quelques minutes donne lieu à des tensions et à une pression que je ne peux supporter …
Nous savons tous à quel point travailler sur un ordinateur et encore plus naviguer sur internet est chronophage et en cela, le travail et la recherche de lieux d’accueil demande un accès récurrent à internet. Les enfants sont peu prêteurs mais étrangement, c’est aussi parfois valable pour les adultes … L’ordinateur devient un sujet délicat, un objet précieux qu’il faut savoir emprunter avec beaucoup de tact …
J’en ai fait de nombreuses fois l’expérience à tel point que désormais, je préfère souvent m’abstenir de demander et ne rien utiliser plutôt que d’avoir l’impression que l’on m’autorise à utiliser un ordinateur à contre-coeur, cela réduisant le temp des autres passé sur des jeux stupides ou violents …

Ainsi, Rosie, qui n’utilise que le réseau HelpX pour voyager et sauter de maison en maison, se retrouve souvent piégée dans un lieu qu’elle aimerait quitter sans pouvoir confirmer sa venue à quelqu’un d’autre ou dans l’incapacité de rechercher un nouveau lieu d’hébergement.
Me concernant, ce n’est pas totalement un problème, étant quasiment totalement autonome grâce à l’équipement que je transporte sur le vélo, je peux décider de quitter un lieu quand bon me semble, mais pour Rosie qui voyage léger avec un seul sac à dos et sans équipement particulier, il est impensable de se retrouver bloquée en pleine nature face aux éléments. Son autonomie est quasiment nulle.
Il est révolu le temps où l’on pouvait arriver dans n’importe quel village et trouver en quelques minutes une ferme acceptant de l’aide en échange du gîte et du couvert … il est déjà parfois désormais difficile de se faire prêter une grange pour y dormir au chaud dans la paille (quand la paille n’est pas remplacée par des granulés génétiquement modifiés) ….
Il est révolu le temps où l’on pouvait trouver rapidement un lieu où dormir gratuitement ou à moindre frais dans les villes même les plus modestes. Pour cela, il faut désormais être SDF, appeler les services spécialisés et accepter d’être observé et considéré comme tel, avec toutes les conditions que cela comporte, et les regards méprisant que cela génère …

Mon problème à titre personnel est tout autre. Certes, il m’est arrivé parfois d’avoir du mal à trouver un hôte via les réseaux CouchSurfing ou WarmShower du fait de mon incapacité à me connecter (je n’utilise quasiment pas ces réseaux préférant dans 99% des cas les rencontres spontanées, mais, en ville, c’est compliqué …). Certaines choses étant devenues impossibles de nos jours sans internet (ou sans téléphone, c’est une autre histoire). Mon besoin de connection se révèle nécessaire dans le but de rassurer la famille et de prendre de leurs nouvelles, ce que je réussis à faire que trop brièvement, mais aussi, pour vous “mes chers quelques lecteurs actuels”, afin d’alimenter le site internet que j’ai décidé de tenter de mettre en place afin de vous offrir ma vision du Monde, de vous relater ce qui s’y passe sur le terrain auprès de la population et non les grands scandales médiatiques, du show-business, de la politique ou des affaires militaires en cours. Ce site relate ma vision du Monde, personnelle et réaliste de ce que je rencontre et aperçois sur mon chemin, abordant les thèmes de la Nature, qu’elle soit grandiose ou effroyablement polluée, et des Hommes, qu’ils soient bons ou mauvais …

Entretenir un site internet se révèle donc être plus difficile que je le pensais, et sans son ordinateur personnel, les soucis pour pouvoir travailler tranquillement sont multiples. Mais je n’ai pas abdiqué de vous faire partager le Monde et mes idées, j’ai surmonté des problèmes bien plus délicats lors de mes voyages … Ces derniers temps, je n’avais que l’impression de courir après un ordinateur et internet, ce que je déteste plus que tout puisque cela change radicalement la manière paisible et agréable que j’ai de voyager en une course perpétuelle aux horaires des bibliothèques, et contre le temps de connection qui m’est autorisé. C’est pour toutes ces raisons, afin de tenter de continuer ce cyber-échange avec vous, que j’ai décidé de tenter l’aventure de voyager avec un ordinateur (ce sera une première pour moi en 10 ans) et donc de m’équiper en conséquence, ce qui fera sourire ma grande soeur qui m’a tant de fois demandé et répété: “Tu prends un ordinateur cette fois ?” me demandait-elle chaque fois que je quittais la maison …
Mon idée est que m’équiper d’un ordinateur me laissera au minimum le loisir de préparer mes articles tranquillement hors connection pendant mon temps libre sur les bivouacs (même si contrairement à ce que certains pensent, je n’ai que peu de temps libre …) … C’est ainsi que je vais passer du voyageur old-school au voyageur hi-tech … et que je deviendrai en même temps dépandant de l’électricité pour recharger la batterie …

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